Collectif pour une autre politique de la France en Afrique.
 

Sarko au Congo Brazzaville Merci Sassou, le pompier pyromane

Le 29 mars 2009, par Grégoire Eyadema,

« Les Congolais ont la fortune à portée de main et pourtant, ils restent pauvres ; pardonnez-moi si cela vous choque, mais comment ne pas être attristé par un tel gâchis ? »

Ainsi, selon le site Mwinda, se serait exprimé Sarko à Brazzaville lors de son passage éclair pour quand même soutenir Sassou à la veille d’élections présidentielles à hauts risques… Quel sursaut de lucidité et de clairvoyance !!! Pourtant il n’a pas évoqué cela lors de ses interventions officielles, pas plus que le décès très suspect du militant Bruno Ossebi.

Et non, il a préféré flatter un régime criminel et kleptocrate, allant, dans la lancée de son prédécesseur Jacques Chirac [1] féliciter, Sassou pour avoir rétabli le paix et la sécurité dans un pays ravagé par des guerres civiles et des massacres déclenchés par, est-il besoin de le rappeler, Sassou et sa clique menée par un certain Jean Dominique Okemba.

Ensuite on nous parle de refondation, de nouvelles bases de partenariat avec des vernis de démocratie et de bonne gouvernance. Là encore, on retrouve les mêmes discours hypocrites éculés quand les actes montrent bien la stratégie à l’œuvre : après avoir finalisé la signature de contrats d’exploration de l’uranium en RDC, Sarko est allé remercier Sassou d’avoir octroyé en décembre 2008 la gestion du port de Pointe- Noire et de la voie ferrée Brazzaville – Pointe-Noire à l’agence de voyages préférée du président français, celle du philanthrope breton Vincent Bolloré. Cadeau du visiteur du jour : un petit prêt sympa de l’AFD (29 millions d’euros) pour l’aménagement du port. C’est vrai que ni Bolloré, ni le régime Sassou ne semblaient pouvoir prendre en charge ces travaux, bien trop occupés, l’un à consolider ses positions monopolistiques, l’autre à entretenir son parc immobilier en France et à préparer sa réelection avec le pactole budgétaire accumulé de 5 milliards d’euros depuis 2003…

Remerciements adressés à Sassou également pour permettre à Total de conserver au Congo ses meilleures marges par baril produit. Total avait déjà fait venir en mai 2008 Alain Joyandet, l’homme qui transforme le portefeuille de la Coopération en ministère du commerce extérieur délégué à l’Afrique - en récompense de quoi Sarkozy lui a confié la tête de liste UMP aux européennes pour la région Est.

« La France, dans aucun pays, ne soutient aucun candidat », a encore dit Sarko à Brazzaville, prêt à travailler « main dans la main avec le président que les Congolais se choisiront ». Encore faut-il qu’il puissent le choisir librement et sereinement… Sarkozy a appelé à la tenue d’élections libres et transparentes, est-ce à dire que la France prendra des sanctions fortes si l’élection de juillet reconduit frauduleusement Sassou ? C’est loin d’être une hypothère d’école, car le n°1 des milices Cobras joue les autistes, quand il ne réprime pas, face aux partis d’opposition et aux organisations de la société civile qui réclament depuis des années la mise en place de commissions électorales véritablement indépendantes... Nous attendons la France au tournant sur ce terrain là car, déjà en 2007, après les élections législatives déplorables, l’Elysée avait octroyé 180 millions d’euros de financement au tire du Document Cadre de Partenariat au lieu des 80 recommandés par le Quai d’Orsay et le Trésor français. Comme sanction à la gabegie électorale et à la corruption, on trouve mieux !

Notes :

[1] « Vous avez parlé de l’Angola, et vous avez fait allusion, j’imagine, à l’intervention de l’Angola au Congo. Nous ne sommes pas intervenus au Congo mais, pour vous dire les choses telles qu’elles sont et tout à fait franchement, je me suis réjouis de l’intervention de l’Angola au Congo pour une raison simple c’est que ce pays était en train de s’effondrer dans la guerre civile, de s’autodétruire et qu’il était souhaitable que l’ordre revienne. Il y avait quelqu’un qui était capable de le faire revenir, c’était Denis SASSOU-NGUESSO. Il lui fallait un soutien extérieur pour cela et pour un certain nombre de raisons, l’Angola le lui a apporté. La paix est revenue, les conditions du développement reprennent. Cette ville de Brazza, qui est devenue martyre, commence à se relever et Denis SASSOU-NGUESSO s’est engagé à mettre en oeuvre le processus de démocratisation dans un délai d’un maximum de deux ans, ce qui est considéré, par les autorités internationales, comme quelque chose de bon. » Conférence de presse J. Chirac, Luanda, 30/6/98.

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Dernière mise à jour le :
29 mars 2009
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