Collectif pour une autre politique de la France en Afrique.
 

Françafrique : tous les coups sont permis Sassou Nguesso usurpe la signature de Mandela !

Le 21 octobre 2009, par Jean Denard,

Quelle ne fut pas notre surprise en juin dernier en découvrant le livre de propagande du dictateur congolais préfacé par l’icone anti-apartheid ! Voilà enfin l’explication : jamais Sassou n’en a parlé à Mandela... dont la fondation envisage de porter plainte. En attendant, les Congolais continuent de subir le joug de leur bourreau, reconduit en juillet à l’issue d’une mascarade électorale adoubée par la France.

L’or noir permet de voir les choses en grand - surtout quand on le gère à l’abri des regards, aux Bermudes, à Hong-Kong ou ailleurs. Pour pérenniser son régime prédateur à la faveur des élections présidentielles du 12 juillet 2009, Sassou a donc employé les grands moyens. Ses sbires et autres conseillers en com’, dont quelques sorciers blancs, ont eu carte blanche.

Pressions de toutes parts

Résultat : après des mois de pressions endurées par les opposants, marquées notamment par la mort du journaliste franco-congolais Bruno Ossébi, probablement assassiné, ce fut l’opération séduction. Hors de question de laisser parler les voix critiques, jusqu’en France où le tabou sur le soutien gouvernemental à un des pires régimes d’Afrique est bien gardé. Au programme :
- site plebiscite de Sassou, qui vous laisse le choix : voter pour lui au 1er ou au 2eme tour

- menace de mise en demeure du site de la cellule Françafrique, sommé à quelques jours de l’élection d’oter les passages gênants pour le pouvoir - nous avons refusé d’optempérer. Aucune suite n’a été donnée à la menace.

- campagne de dénigrement dans la presse française à l’encontre des ONG impliquées dans l’affaire des biens mal acquis, notamment Sherpa et Transparence International. Il s’agit du magazine Le Point notamment, que la déontologie journalistique n’étouffe pas puisqu’il a ouvert ses colonnes à un prête-nom manifestement en service commandé, auteur d’un torchon dans l’unique but de décrédibiliser lesdites ONG. Quelques mois plus tard, c’est Jeune Afrique, dont la dépendance financière envers les gouvernements africains est bien connue, qui s’adonne à un exercice comparable.

- molestage et confiscation des vidéos des journalistes français qui tentaient de couvrir objectivement la mascarade électorale du 12 juillet. Vous en avez entendu parler dans la presse française ?

Sassou a osé

Quelle ne fut pas notre surprise, en juin dernier, en voyant le nom de Nelson Mandela accolé à la propagande électorale de Sassou Nguesso ! L’icône de la lutte anti-apartheid était annoncé en préface du livre "Parler vrai pour l’Afrique", signé Denis Sassou Nguesso, dont Mandela vantait soi-disant les mérites de "grand leader africain"... On cherchait des explications : Brazzaville aurait-elle abrité des réunions stratégiques du mouvement anti-apartheid dans les années 80, Mandela deviendrait-il sénile... ? Las ! Sassou a en fait usurpé cette signature : la fondation Nelson Mandela vient de découvrir le pot-aux-roses et envisage de porter plainte. Tout penaud, l’éditeur Michel Lafon explique que la préface lui a été envoyée directement par la présidence congolaise...

Ca ne suffira pas à consoler les Congolais

Reste que le lobby a bien fonctionné : le livre de Sassou a fait l’objet d’un encart commercial dans de nombreux journaux, le nom de Mandela bien en évidence, et l’image du dictateur en fut quelque peu policée aux yeux du grand public. A l’issue de l’élection du 12 juillet, Sassou Nguesso a aussitôt été adoubé par l’ambassadeur de France (qui ne tenait pas à ce que la presse française soit présente). Quelques personnalités politiques françaises sans mandat, tels Patrick Gaubert et Jacques Toubon, ont joué des coudes pour s’incliner devant le nouvel homme fort de la Françafrique, après la mort d’Omar Bongo, quitte à contredire publiquement le représentant de l’Union européenne qui s’inquiétait de la mascarade. Et la stratégie d’influence déployée à Washington, avec des soutiens probables à Paris, devrait conduire prochainement Brazzaville à récolter la manne des annulations de dette décidée par le FMI et la Banque mondiale dans le cadre de l’initiative pays pauvres très endettés... Bref, tout va bien pour Sassou. Les Congolais, eux, peuvent continuer de pleurer.

Vers une brèche dans le mur de l’impunité ?

Nous n’avions même pas imaginé qu’on puisse aller jusqu’à usurper la signature de Nelson Mandela. Ca paraît trop gros. Et pourtant, Sassou l’a fait. L’épisode en dit long sur le sentiment d’impunité du dictateur congolais : tous les coups sont permis, rien ne peut lui résister. D’où l’attention avec laquelle nous vous invitons à suivre, le 29 octobre prochain, le verdict qui sera rendu par la chambre de l’instruction de la Cour d’appel de Paris dans l’affaire des biens mal acquis : Transparence Internationale sera-t-elle jugée recevable, comme en première instance le 5 mai dernier, pour poursuivre les Sassou Nguesso et autres Bongo et Obiang Nguema pour recel de détournement de fonds publics ? Réponse dans 8 jours.

Bienvenue sur le site

6 février : Constitution de "Cellule Françafrique", collectif pour une autre politique de la France en Afrique

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Dernière mise à jour le :
21 octobre 2009
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