Collectif pour une autre politique de la France en Afrique.
 

Françafrique : rupture beaucoup trop tranquille Sassou Nguesso reçu par Sarkozy jeudi 5 juillet à 18h

Le 1er juillet 2007, par Jean Denard,

Après Omar Bongo reçu par Sarko et l’ensemble de son gouvernement fin mai, c’est Denis Sassou Nguesso, le dictateur du Congo-Brazzaville, qui s’invite à l’Elysée. Loin de rompre comme il l’avait promis avec les réseaux de la Françafrique, Sarkozy insulte par cette réception les nombreuses victimes du criminel Sassou et la promesse, faite le soir de son élection, de protéger les victimes partout dans le monde.

Qui est donc ce Denis Sassou Nguesso qui débarque mercredi 4 juillet à Paris pour 24h ?

La justice française a donné raison, en 2002, à François-Xavier Verschave qui avait parlé de Denis Sassou Nguesso comme d’un dictateur auteur de crimes contre l’Humanité (dans le livre "Noir silence", publié aux Arènes en 2000).

En 2006, la justice américaine a donné raison contre le régime Sassou aux fonds d’investissement qui ont démontré l’échelle massive des détournements opérés sur les revenus pétroliers : environ 20% du budget parti se cacher, avec la complicité des banques et entreprises françaises comme BNP Paribas et Total, dans les circuits opaques de la finance mondiale. Un mécanisme parfaitement huilé décrit avec talent par Xavier Harel dans "Afrique, pillage à hius clos" (Fayard, 2006).

En juin 2007, le parquet de Paris donne raison aux associations qui accusent Sassou de profiter en France d’argent détourné au Congo, en ouvrant une enquête préliminaire sur son patrimoine immobilier en Île de France. Quelques jours plus tard, l’ONG Global Witness mettait à jour les dépenses somptuaires, financées par le pétrole, du fils du dictateur, Denis Chrystel Sassou Nguesso.

Manifestement, Nicolas Sarkozy se soucie peu de cet édifiant curriculum, sans même parler du massacre du Beach... il parlait déjà en décembre dernier, dans un entretien à Jeune Afrique, de Sassou Nguesso comme de quelqu’un qu’il estime personnellement. Le voilà, même pas deux mois après son élection, qui s’apprête à recevoir le tyran congolais.

Le discours que tient Sassou est simple : le Congo a besoin de l’aide internationale et des allègements de dette promis aux "pays pauvres très endettés" ; pour y avoir accès il lui faut redorer son blason auprès des institutions financières internationales comme le FMI, soucieux de la gestion des revenus pétroliers ; l’enquête ouverte à Paris tombe au plus mal pour la "réputation" du régime.

On peut s’attendre à ce que le potentat vienne dire en substance à l’hôte de l’Elysée : "si la justice française continue de mettre son nez dans les petits arrangements congolais, les privilèges accordés à Total, BNP, Société générale, Crédit agricole, Bolloré etc. pourraient prendre fin".

Avec le risque qu’il trouve une oreille attentive... bref, cette visite n’est pas une bonne nouvelle.

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5 juillet 2007
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