Collectif pour une autre politique de la France en Afrique.
 

Le discours de Nicolas Sarkozy à Dakar Rupture conceptuelle... ou écran de fumée ?

Le 27 juillet 2007, par Jean Denard,

Trouvez ci-après le discours de Nicolas Sarkozy prononcé à l’université de Dakar le 26 juillet 2007. Un discours qui veut faire date dans l’histoire des relations entre la France et l’Afrique... mais n’est-il pas aussi suffisamment vague pour permettre la continuation de la face obscure de ces relations ?

Impossible de prétendre faire l’analyse rapide du discours de N. Sarkozy à Dakar. Il mérite qu’on le lise attentivement et qu’on s’y arrête. Tentons juste, ici, une brève réaction à chaud.

On sent le discours savemment travaillé, multipliant les références philosophiques, ethnologiques, littéraires. Passons sur le choix du tutoiement en s’adressant à la jeunesse africaine, contestable [Selon l’Elysée, il semble d’ailleurs que le président français ait finalement préféré le vouvoiement]. Passons sur le côté donneur de leçons de celui qui enseignerait l’Afrique aux Africains. Il y a dans cet appel du président français à cette jeunesse la quintescence de son message au continent noir.

Mais que dit-il exactement ? Il admet la faute historique de la colonisation, tout en rappelant ses "aspects positifs" - pour paraphraser une loi française devenue célèbre. Mais la faute semble s’arrêter au lendemain des indépendances. Comme si, depuis bientôt 50 ans que les anciennes colonies françaises ont accédé à l’indépendance formelle, la politique menée par la France, l’action de son armée, de ses services secrets, de ses entreprises n’avaient pas façonné l’Afrique contemporaine. A-t-il lu "La Françafrique, le plus long scandale de la République" ?

Nicolas Sarkozy est très habile : ses mots sur la colonisation sont tellement forts, ses appels à la jeunesse africaine et ses promesses de solidarité de la France avec les élans de démocratisation et de justice en Afrique, tellement poignants, qu’il en ferait presque oublier la responsabilité, souvent écrasante, de la France depuis les indépendances. De même que la responsabilité des institutions financières internationales, qui ont contribué aux côtés de Paris à confisquer la souveraineté des Etats africains des décennies durant.

Peut-être est-on censé comprendre, en creux, que la promesse d’un engagement de la France au côté des démocrates et des défenseurs des droits de l’homme et de la transparence implique la fin du soutien aux dictatures et aux corruptions multiples... ?

Sauf que c’est précisément en creux et qu’on aurait souhaité des affirmations claires sur le sujet : des mesures concrètes pour traduire ces velléités annoncées de rupture dans les faits. Or, rien de tout cela dans ce discours qui prétend incarner la rupture. Aucune des mesures simples, concrètes que porte la Cellule Françafrique, en écho aux aspirations des sociétés civiles africaines, n’est reprise par le président : ni le contrôle parlementaire en France de la politique africaine menée à l’Elysée ; ni la publication des accords secrets de défense entre la France et plusieurs Etats africains ; ni encore la saisie des avoirs d’origine illicite possédés sur le sol français par des dirigeants africains.

En somme, ce discours fort et lyrique laisse un goût amer. Ce qui y manque est sans doute au moins aussi significatif que ce qui y figure. Croit-on pouvoir s’entousiasmer d’une possible "rupture" sous l’impulsion de N. Sarkozy qu’aussitôt, le constat de l’excessive vacuité de ses mots nous saisit.

Sans compter le procès en insincérité qu’on ne peut pas manquer de lui intenter lorsqu’au lendemain de sa promesse d’alliance avec les démocrates du continent, il part s’incliner au Gabon devant le plus vieux dictateur africain.

NB : Cet exercice l’a tellement épuisé qu’il profite de la conférence de presse qui suit pour piquer un petit roupillon aux cotés du président Wade, voir la vidéo ICI

 

Documents joints à l'article

Le discours de N. Sarkozy à Dakar le 26 juillet 2007
PDF | 3.3 Mo | document publié le 27 juillet 2007

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Dernière mise à jour le :
29 août 2007
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