Collectif pour une autre politique de la France en Afrique.
 

La détermination de Bockel sera-t-elle soluble dans l’or noir ???

Le 24 janvier 2008, par Grégoire Eyadema,

Après les grandes envolées contre la Françafrique du Secrétaire d’Etat à la Coopération en janvier, la raison commerciale d’Etat reprendra-t-elle le pas lors de la visite présidentielle en Angola ?

Les grands patrons amis du président, comme Bolloré ou les dirigeants de Total, ont probablement fait valoir que les belles intentions de Bockel n’étaient pas forcément bienvenues alors que des perspectives commerciales et pétrolières importantes sont en vue au Congo Brazzaville, en Centrafrique et en Angola.

L’organisateur privilégié des voyages de Sarkozy ne bénéficie peut-être pas de contrats avec l’Etat français, mais il sait que la France peut bien l’aider lorsque des contrats importants sont en jeu dans des pays amis de la France. A Pointe-Noire, Bolloré est bien placé pour reprendre la gestion du port après avoir été recalé à Dakar en 2007 en raison notamment d’un faible soutien élyséen. Lors de la venue de Sassou Nguesso à Paris en décembre 2007, ce dossier était au menu des discussions. Cela a-t-il fait l’objet de contreparties : invité d’honneur au Sénat pour disserter sur le développement durable, Sassou a obtenu que l’engagement d’aide de la France sur 3 ans soit porté à 185 millions d’euros contre les 80 millions préconisés par les services du Trésor français [1] . Les visées bolloriennes sur le projet de "port sec" de Bangui en Centrafrique ne se feront probablement pas sans un recours à l’arsenal français de coopération en Afrique. Il y a quelques temps, l’Agence Française de Développement avait conditionné un financement de constructions de routes dans la zone d’exploitation forestière à la privatisation de la Société Nationale de Transport. Cette privatisation a eu lieu au profit de … Bolloré himself qui est également soit dit en passant le propriétaire de plusieurs sociétés d’exploitation forestière en Centrafrique comme dans de nombreux autres pays.

Côté pétrole, Total a également sur le feu quelques gisements en vue qu’une mise en Bockel de la Françafrique pourrait contrarier. A Brazzaville, la mise en service du gisement de Moho-Bilondo prévu courant 2008 devrait permettre de reprendre sérieusement les devants sur les autres compagnies dans ce pays. Avec un rendement prévu de 90.000 barils-jours, cela porterait la production de Total dans ce pays à environ 218.000 barils-jours, soit environ 60 % de la production congolaise [2]et donc une manne de de près de 220 millions de dollars US quotidiens à partager avec le clan Sassou et quelques initiés. Les dirigeants de Total confirment cette augmentation future notamment dans le documentaire édifiant diffusé le 29 janvier en soirée sur France Culture [3]. Pour le clan Sassou, cela pourra permettre de reprendre pied sur le marché immobilier parisien. Même s’il est particulièrement difficile de mesurer le surplus financier qui retombera dans son escarcelle, celui-ci ne devrait pas être inférieur à plusieurs centaines de millions de USD en période de croisière [4].

En Angola, où Sarkozy se rendra en février après avoir liquidé l’héritage de l’Angolagate en octobre dernier, Total est en passe de devenir le premier opérateur pétrolier dans ce pays [5]au régime si autiste que les mots ‘gouvernance’ et ‘démocratie’ doivent se traduire par ‘opacité’, ‘répression’ ou ‘corruption’. Mais notre Sarko national saura sûrement trouver les mots qui touchent la sensibilité de Dos Santos sans heurter le portefeuille des actionnaires de Total… Et Bockel pourra disserter longuement sur le gaspillage des budgets de coopération par les pays pétroliers… Quand on est du Bas-Rhin et pas du Bahrein, pas sûr qu’on puisse causer Baril à tout bout de champs...

Notes :

[1] Comme quoi, même si les caisses sont vides, nos amis dictateurs ont plus d’arguments que nos fonctionnaires… voir http://www.camer.be/index1.php ?art=1155

[2] encore faudrait-il disposer de chiffres fiables, la transparence et la cohérence n’étant pas les premières caractéristiques des opérateurs du secteur. Voir X. Harel, Afrique, pillage à huis clos. Fayard, 2006.

[3] L’émission sera en écoute ensuite pendant 30 jours sur le site de France Culture : http://www.radiofrance.fr/chaines/france-culture2/emissions/surpris/archives.php

[4] sans compter les bonus et autres mais sans compter non plus les déductions pour amortissements…

[5] en 2006, Total exploitait 112.000 bepj (barils équivalents pétrole jour)

Bienvenue sur le site

6 février : Constitution de "Cellule Françafrique", collectif pour une autre politique de la France en Afrique

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Dernière mise à jour le :
24 janvier 2008
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