
Le 21 janvier 2008, par Jean Denard,
Est-ce Carla qui lui insuffle le sens de la rime ? Nul ne contestera que Kolwesi rime avec Sarkozy. Mais de là à rendre hommage aux interventions militaires françaises en Afrique depuis 30 ans ! La réécriture de l’histoire par le président anti-repentance laisse pantois.
Au bord de l’indigestion après 8 mois de gavage au sarko-show, les observateurs fatiguent un peu, au point de laisser passer des perles. Celle distillée le 10 janvier 2008 à l’occasion des voeux du chef de l’Etat à l’Armée et aux Anciens combattants mérite le détour :
"2008 sera une année extrêmement riche sur le plan de la mémoire. (...) La mémoire, ce n’est pas la nostalgie du passé, c’est la préparation de l’avenir. La mémoire, ce n’est pas quelques vieux souvenirs qu’on exhume quelques heures dans l’année. La mémoire, c’est les valeurs qu’on célèbre, qu’on respecte et dont on décrit l’actualité pour les plus jeunes de notre pays. (...) la mémoire, c’est la modernité.
Je souhaite (...) que le 30ème anniversaire de l’opération de Kolwezi soit l’occasion de rendre hommage aux militaires français qui, depuis trente ans, participent aux opérations extérieures. Vous savez, un pays qui a des souvenirs, un pays qui a une histoire, et bien cette histoire elle est utile. Pour la respecter, il faut en parler, il ne faut pas en avoir honte (...) Qu’est-ce qu’on veut enseigner à nos enfants ? Qu’est-ce qu’on veut qu’ils retiennent ? Qu’est-ce que l’on attend de l’école ? Ce n’est pas simplement une affaire de spécialiste comme l’on dit. D’ailleurs maintenant, on ne peut plus parler de rien si on n’est pas spécialiste. Comme il y a des spécialistes de tout, on ne sait jamais si on tombe sur le bon numéro. Cela compte aussi, il faudra que l’on en parle de tout cela. Là aussi, je suis désolé mais on a le droit d’avoir des convictions et d’essayer de les faire partager à un pays."
Petit rappel : Kolwesi se situe au Katanga (ou Shaba), province de l’actuelle République démocratique du Congo (RDC - ex-Zaîre) aux riches sous-sols qui a cherché plusieurs fois à faire sécession. Chaque fois, matée par Kinshasa avec l’aide des "affreux" Bob Denard et consorts ou autres troupes étrangères. En 1978, alors que les Angolais appuient militairement les sécessionnistes, ce sont les parachutistes français qui viennent secourir le régime aux abois de l’ubuesque Maréchal Mobutu en prenant d’assaut Kolwesi. Officiellement, ils viennent secourir les Européens victimes de l’invasion angolaise. En réalité, nul ne sait si ce ne sont pas les services secrets zaïrois qui ont tiré sur les Européens pour faire venir leurs troupes.
Dans tous les cas, Kolwesi n’est que l’un des multiples exemples de l’interventionnisme militaire français en Afrique, qui a trop souvent servi à mettre en place ou maintenir des régimes sanguinaires ou corrompus. Les exemples sont légion, comme en Centrafrique, au Tchad, au Zaïre, au Rwanda ou au Togo. Et, toujours, sur décision de la cellule africaine de l’Elysée, en l’absence de débat démocratique en France.
Fort de sa légitimité démocratique, Sarkozy se croit mandaté pour réécrire l’Histoire. Affichant un anti-intellectualisme inquiétant, le chef de l’Etat anti-repentance est en train de façonner l’Histoire de France (et de l’Afrique) pour mieux l’adapter à sa "préparation de l’avenir"... En rendant "hommage aux militaires français qui, depuis trente ans, participent aux opérations extérieures", Sarkozy salue non seulement Kolwesi, mais les multiples interventions pour faire et défaire les régimes de la Centrafrique, pour défendre Eyadema et Déby contre vents et marées, pour soutenir les militaires rwandais d’Habyarimana dans l’abjection.
Après l’hommage rendu à Foccart, la mémoire sélective du président a de quoi faire frémir. Quel avenir prépare-t-il à la relation entre la France et l’Afrique ?
La proposition qu’Amara Konaré avait émise suite au discours de Sarkozy à Dakar est Plus que jamais d’actualité : des cours d’histoire africaine feraient le plus grand bien au président de la République française. Même s’il risque de n’en avoir cure de ces "affaires de spécialistes"...