Collectif pour une autre politique de la France en Afrique.
 

Bongo et Sassou Nguesso devant la justice : séisme en Françafrique !

Le 6 mai 2009, par Jean Denard,

Un énorme satisfecit pour la Cellule Françafrique, qui fait de la saisie des biens mal acquis un point de rupture dans le soutien français aux dictateurs. Et quelques leçons clés pour l’histoire.

Les faits, en 2 mots

La doyenne des juge d’instruction du Tribunal de Paris vient de déclarer recevable, ce 5 mai 2009, la plainte déposée par Transparence International à l’encontre de Bongo (Gabon), Sassou Nguesso (Congo Brazzaville) et Obiang Nguema (Guinée équatoriale) pour blanchiment et recel de détournement de fonds publics. A moins que la Cour d’Appel (qui peut être saisie par le Parquet dans les 5 jours) ne dédise cette décision, une instruction sera ouverte, autrement dit une enquête indépendante qui peut aller, si les faits sont suffisamment probants, jusqu’au procès des dictateurs africains et de leurs familles.

Toute cette démarche est appuyée par l’avocat William Bourdon, après qu’ait été enterrée sur décision politique en novembre 2007 une première plainte par Sherpa, Survie et la Fédération des Congolais de la Diaspora, malgré une enquête policière qui a confirmé l’inventaire des biens mal acquis dressé initialement par le CCFD-Terre Solidaire.

La Cellule aux anges

La Cellule Françafrique avait, dès sa création en 2007, fait de la saisie et la restitution des biens mal acquis aux peuples africains une des 3 mesures clés de rupture avec le soutien de la France aux dictateurs. Une demande en écho aux aspirations de centaines d’associations, syndicats et réseaux africains.

Après avoir rebaptisé l’Avenue Foch en "avenue des dictateurs" en février 2007, fait le paté de maison en vélo du patrimoine d’Omar Bongo dans le XVIème en juillet 2007 pendant la visite de Sarko au Gabon, puis apposé des scellés symboliques sur un des biens mal acquis du dictateur gabonais en mars 2008 tandis que le nouveau ministre Joyandet allait adouber le doyen Omar, la Cellule ne peut que se réjouir de cette décision historique de la justice française.

Trois leçons pour l’histoire

1. L’impunité n’est pas une fatalité C’est une excellente nouvelle. Et de portée planétaire - car le précédent juridique est unique en son genre. On finissait par ne plus y croire. Le soutien de la France aux dictateurs était tellement verrouillé que leur impunité semblait garantie. Plus de 40 ans que Bongo profite des fastes de la République tout en pillant allègrement son pays, sans susciter aucune espèce d’émotion. Le 5 mai 2009 est, espérons-le, à marquer d’une pierre blanche : le jour où les Etats du Nord auront commencé à cesser de se rendre complice du pillage des pays du Sud.

Bien sûr, la route sera longue et semée d’embuches : le plus facile est de s’en prendre aux "rois nègres", renvoyant ainsi à des clichés au racisme latent. L’étape suivante, pour Paris, est de prendre officiellement ses distances avec ces dictateurs. Mais le plus important - car le plus salutaire - sera de s’en prendre aux soutiens de ces dictateurs - sans lesquels ils n’auraient jamais pu se maintenir ou revenir (dans le cas de Sassou) au pouvoir. Ce sont les banques françaises, certaines grandes entreprises françaises, l’Etat français qui devraient répondre de corruption des dirigeants africains, complicité de détournement, blanchiment d’argent sale... Ils devraient aussi être amenés à réparer les torts causés aux populations africaines spoliées. Il s’agit là d’une autre paire de manche.

2. Vive l’indépendance de la justice Preuve est faite s’il en était encore besoin que le juge d’instruction est aujourd’hui le seul magistrat en France qui ait l’indépendance requise pour s’attaquer à la grande délinquance financière.

Le Parquet, qui est aux ordres de la chancellerie, a enterré une première fois en novembre 2007 une plainte fondée sur les mêmes faits en estimant qu’ils n’étaient pas assez caractérisés - alors même que l’enquête préliminaire de police venait de démontrer le contraire. Rebelote en avril 2009 : le même Parquet a requis le rejet de cette nouvelle plainte avec constitution de partie civile (Transparence international et le contribuable gabonais Grégory Ngbwa Mintsa).

Rendons ici hommage à la doyenne des juges d’instruction du pôle financier, Françoise Desset, qui a pris une décision extrêmement courageuse, alors qu’on peut imaginer la pression qui a pu peser sur ses épaules. On sait aussi que les dirigeants mis en cause sont coutumiers des menaces.

Ne nous leurrons pas, en voulant supprimer le juge d’instruction, c’est l’indépendance de la justice dont Sarkozy veut la peau.

3. Attention à la résurgence de la raison d’Etat La Françafrique va connaître son moment de vérité. Tant le Gabon que le Congo ont à plusieurs reprises menacé la France de représailles si cette plainte devait prospérer. La France, si elle veut rester fidèle à ses convictions et ne pas trahir les espoirs que les peuples d’Afrique mettent dans une telle procédure judiciaire, doit être prête à renoncer à des marchés stratégiques. La bataille sera rude.

Les Etats africains mis en cause risquent de muscler encore davantage la répression qu’ils exercent à l’égard de leurs opposants et des militants anti-corruption. Nous avons une pensée particulière en ce jour pour Bruno Jacquet Ossébi, qui aurait tant aimé vivre ce jour et s’en faire l’écho, et pour ses proches.

Être à la hauteur de ce moment historique

L’ouverture de cette instruction ouvre donc une période de défis colossaux. A nous, citoyens, journalistes, élus, qui croyons qu’une autre relation entre la France et l’Afrique est possible, de les relever : dès les jours qui viennent et le possible appel du Parquet, soyons vigilants à ce que la raison d’Etat se soumette au droit ; obligeons la France à en tirer les conséquences ; soyons en alerte permanente quant au sort des militants au Congo, au Gabon et en Guinée équatoriale.

Bienvenue sur le site

6 février : Constitution de "Cellule Françafrique", collectif pour une autre politique de la France en Afrique

À propos de cet article

Dernière mise à jour le :
7 mai 2009
Statistiques de l'article :
1852 visiteurs cumulés

La Newsletter de la Cellule

Pour recevoir des nouvelles des actions de la Cellule Françafrique et être averti des nouvelles mises à jour sur le site internet, inscrivez vous à la newsletter.

Abonnement
Format

Votre recherche

SPIP 1.9.1 [7502] | BliP 2.3 | XHTML 1.0 | CSS 2.0 | RSS 2.0 | Espace privé
Visiteurs par jour (cumul) : 109 (217548)