Collectif pour une autre politique de la France en Afrique.
 

Après la sortie de Bockel contre la Françafrique Bongo, Biya et Sassou se trahissent... mais Sarkozy les rassure

Le 21 janvier 2008, par Jean Denard,

Pourquoi Bongo, Biya et Sassou se sont-ils sentis visés par l’accusation de "gaspillage des fonds publics" ? Eux que l’on connaît pourtant d’une probité à toute épreuve. Las ! Loin de s’émouvoir de ces encombrantes confessions, Sarko le killer donnait aussitôt des gages à ses "amis africains" - du moins, ça y ressemble.

Dans son appel à ce que le président de la République enterre la Françafrique, le secrétaire d’Etat Jean-Marie Bockel avait pris bien soin de ne stigmatiser personne. "Je ne suis pas là pour montrer du doigt tel ou tel chef d’Etat. Ce serait contre-productif", affirmait-il au journal Le Monde le 15 janvier.

Dans ce contexte, il est assez savoureux de voir le mollah de la Françafrique s’indigner publiquement des propos dudit Bockel ! Accusations de néocolonialisme, menace d’expulser la correspondante de RFI (qui avait eu l’outrecuidance de couvrir la répression contre les ONG gabonaises), appels répétés à l’Elysée... Omar n’a pas ménagé ses efforts pour obtenir des gages du plus haut sommet de l’Etat français. Aussitôt imité par ses accolytes Biya et Sassou. (Voir le verbatim ci-après).

Leur lobbying semble avoir marché. Si dans le discours, Sarkozy promet que la relation de la France avec l’Afrique changera car "l’Afrique a changé", on est loin des gestes symboliques de rupture annoncés par Bockel. Après la visite décriée au Gabon, l’itinéraire du second tour d’Afrique de Sarkozy faisait l’objet de toutes les spéculations. L’étape sulfureuse en Angola serait-elle sacrifiée sur l’autel de la rupture ? Loupé. A l’heure où la France entière pleurait Carlos, Sarkozy confirmait au contraire qu’il nous enverrait des big bisous de Luanda fin février, s’en allant gaiement "sceller avec le président Dos Santos les retrouvailles franco-angolaises".

Quelques jours après avoir mis en garde son mentor ("nous pouvons demander un engagement de transparence sur l’utilisation des ressources en matières premières (..) Je suis en dialogue avec le président de la République à ce propos. Le moment est venu que je sois soutenu jusqu’au bout") , Bockel en prend pour son grade. Osons le dire : parler démocratie à Sarkozy, c’est un peu comme pisser dans un bockel. Car sans préjuger de son incontestable bagout auprès des dictateurs de tous pays, peut-on imaginer une seule seconde super-Sarko obtenir "un engagement de transparence" du régime le plus opaque du continent noir (et pourtant, Sassou ne démérite pas !) ?

Evidemment, l’Elysée saura nous démontrer qu’il n’y a là aucun reniement. Préparons-nous donc à en bouffer, de la rhétorique du genre "vous comprenez, faut dialoguer avec ces régimes si on veut qu’ils évoluent" - d’ailleurs, depuis 50 ans la stratégie a fonctionné à merveille ! Total, Bouygues et Bolloré ne diront pas le contraire : leur dialogue avec lesdits régimes est fructueux, il ne cesse d’évoluer dans le bon sens.

Ayons tout de même une petite pensée pour le maire de Mulhouse qui, à l’heure où l’on parle, doit gamberger sec (pédaler dans la choucroute, comme on dit chez lui). Tel Jean-Claude Dus dans les inoxydables Bronzés, Jean-Marie Bockel avait dû se dire : "avec Sarkozy, j’ai une ouverture". Beau succès ! Il ne nous reste plus qu’à adopter la maxime dudit Dus - la rupture de Sarko avec les dictateurs africains : qui sait, sur un malentendu ?...

Le Gabon juge « inacceptables » les propos du secrétaire d’Etat français à la Coopération, Jean-Marie Bockel, sur la nécessité de signer « l’acte de décès de la Françafrique ».

AFP - vendredi 18 janvier 2008

« Surprenant », « propos inaceptables », « arrogance ». Le Gabon a vivement réagit aux propos de Jean-Marie Bockel, qui a prôné, mardi, une véritable « rupture » dans les relations franco-africaines.

Le secrétaire d’Etat à la Coopération a affirmé la nécessité de signer « l’acte de décès de la Françafrique » et dénoncé « un mode de relations ambigu et complaisant, dont certains, ici comme là-bas, tirent avantage, au détriment de l’intérêt général et du développement ». « De tels propos ne peuvent être mus que par l’ignorance des réalités de la coopération franco-africaine », note sèchement vendredi un communiqué du Conseil des ministres gabonais, présidé par M. Bongo, au pouvoir depuis 1967.

Clichés méprisants sur l’Afrique Le communiqué, essentiellement consacré à répliquer aux déclarations de Jean-Marie Bockel, affirme sa « surprise » que « soient véhiculés à un tel niveau de responsabilité des clichés méprisants faisant des Etats africains de vulgaires mendiants sollicitant sans fin l’aumône de la France ». « Cette attitude (est) d’autant plus inacceptable quand on sait les avantages que tirent la France et les autres Etats occidentaux de leurs rapports économiques depuis toujours, avantages mutuels par ailleurs ».

Le gouvernement gabonais a été particulièrement choqué par la déclaration de M. Bockel, issu de la gauche et entré au gouvernement français dans le cadre de l’ouverture prônée par le président Nicolas Sarkozy, sur les pays « à rente pétrolière ». Le secrétaire d’Etat avait exhorté le Président français à ne plus « céder à un certain nombre de caprices (…) de demandes incohérentes de certains pays africains qui ont (…) une rente pétrolière qu’ils ne consacrent pas aux investissements qu’ils nous demandent de financer », visant implicitement le Gabon producteur de pétrole où opère en particulier le groupe français Total.

Ce passage est d’ailleurs repris dans le communiqué du gouvernement gabonais qui observe que « si la France estime que l’Afrique lui coûte cher, il lui revient souverainement d’en tirer les conclusions, sans être obligée de se justifier de façon aussi peremptoire ».

Pressions du Gabon Le Gabon brandit au passage la menace de se tourner vers « des partenaires plus respectueux de la dignité de ses peuples et de la souverainté » des Etats africains. « Il conviendrait donc que les partisans d’une certaine rupture en France sachent rompre avec l’arrogance qui a souvent marqué leurs rapports avec l’Afrique », conclut le communiqué.

Selon un diplomate s’exprimant sous couvert d’anonymat, « cette réplique du gouvernement gabonais n’a rien d’étonnant. Elle a été faite pour marquer le coup et montrer le mécontement des autorités ».

Le doyen des chefs d’Etat africains, M. Bongo, qui a connu tous les présidents de la Ve République française, est l’un des derniers symboles des relations particulières qui ont longtemps uni Paris et ses ex-colonies.

Il fut un des principaux relais du système « françafricain » où s’entremêlaient raison d’Etat, lobbies et réseaux politico-affairistes, permettant à la France de maintenir son influence sur le continent. Son nom apparaît ainsi dans l’affaire du pétrolier Elf, absorbé par Total, symbole des dérives de la Françafrique.

Le Gabon est un allié privilégié de la France en Afrique centrale, son influence ayant notamment servi à dénouer des crises survenues ces dernières années dans cette région et Nicolas Sarkozy s’y était rendu en juiller dernier.

Des dirigeants africains rejettent les propos de M. Bockel

La charge de Jean-Marie Bockel, secrétaire d’Etat français à la coopération, contre le "gaspillage des fonds publics" par certains régimes africains et le retard mis par Nicolas Sarkozy à concrétiser sa promesse d’une rupture avec les turpitudes de la "Françafrique" a suscité la colère dans plusieurs palais du continent noir.

Les présidents Paul Biya (Cameroun), Denis Sassou N’Guesso (Congo) et Omar Bongo (Gabon) ont appelé l’Elysée pour protester contre les propos tenus par M. Bockel dans Le Monde daté mercredi 16 janvier, puis lors de ses voeux à la presse. "La rupture tarde à venir, avait-il déclaré dans notre édition. Il y a encore trop de rentes de situation, trop d’intermédiaires sans utilité claire, trop de réseaux parallèles pour permettre un partenariat assaini, décomplexé, d’égal à égal. La "Françafrique" est moribonde. Je veux signer son acte de décès."

La réaction la plus vive est venue du Gabon, dont le président, Omar Bongo, a jugé "inacceptables" les propos du secrétaire d’Etat français. Vendredi, dans un communiqué, le gouvernement gabonais a exprimé sa "surprise" à l’égard "des clichés méprisants faisant des Etats africains de vulgaires mendiants sollicitant sans fin l’aumône de la France".

"Cette attitude (est) d’autant plus inacceptable quand on sait les avantages que tirent la France et les autres Etats occidentaux de leurs rapports économiques depuis toujours, avantages mutuels par ailleurs ", note un communiqué du conseil des ministres, présidé par M. Bongo. Celui-ci, au pouvoir depuis quarante ans, a été cité dans le scandale pétrolier Elf, mais aussi dans le règlement de plusieurs crises africaines. Il est l’un des derniers symboles des relations franco-africaines postcoloniales. Le Gabon menace de se tourner vers "des partenaires plus respectueux de la dignité de ses peuples et de la souveraineté" des Etats africains.

Vendredi après-midi, M. Sarkozy a paru soutenir son secrétaire d’Etat en déclarant : "L’Afrique a changé, et la relation de la France avec l’Afrique doit aussi changer." Le président français souhaite "une action plus proche de la société civile" et "attend de nos ambassadeurs des propositions précises à cet égard", chargeant M. Bockel d’en dresser "la synthèse" .

Philippe Bernard Article paru dans Le Monde du 20.01.08

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21 janvier 2008
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