
Le 6 janvier 2009, par Jean Denard,
Déjà six jours de détention pour les Gabonais qui osent dénoncer les dérives du régime Bongo. Une incarcération sans motif. La crispation du régime gabonais, mis en cause devant la justice française dans l’affaire des biens mal acquis, sonne comme un nouvel aveu de culpabilité. La Cellule Françafrique salue le courage des citoyens gabonais qui se battent pour la transparence et la démocratie, et demande au gouvernement français d’exiger leur libération immédiate.
Plusieurs figures de la société civile gabonaise ont été interpellées, à la veille du Nouvel An :
le mardi 30 décembre 2008, ont été arrêtés, après avoir été convoqués au 2ème Bureau des services de renseignements de l’Armée Gabonaise :
directeur technique de « Radio Sainte-Marie » qui dépend de l’Eglise catholique et
du journal « Tendance Gabon ».
le mercredi 31 décembre 2008, c’est à leur domicile qu’ont été interpellés :
le contribuable gabonais qui s’est constitué partie civile dans la dernière plainte déposée, à Paris, dans l’affaire des biens mal acquis du clan Bongo en France, aux côtés des associations Sherpa et Transparence International.
le Coordonnateur de Publiez Ce Que Vous Payez Gabon et Président de l’ONG Brainforest, qui n’a pas hésité à manifester à nos côtés, à Paris, pour dénoncer la corruption du régime gabonais. Ce n’est pas la première fois qu’il est la victime des intimidations du pouvoir en place à Libreville, suite à cette action.
président du Réseau des organisations libres de la société civile pour la bonne gouvernance au Gabon (ROLBG).
Le frère de Grégory Ngbwa Mintsa, interpellé aussi le 31, a été libéré dans la journée. Alain Moupopa, Président de l’ONG Afrique Horizon, n’a pas arrêté, contrairement à ce qui fut annoncé dans un premier temps. Il serait cependant recherché, de même que Marcel Libama, un responsable du collectif de syndicats et ONG appelé "Front des organisations de la société civile contre la pauvreté au Gabon" (FOSCPG).
Selon nos informations, le journaliste Léon Dieudonné Koungou aurait été libéré ce lundi matin, 5 janvier 2009. La famille des détenus n’aurait toujours pas pu leur rendre visite. Un médecin, en revanche, a pu constater que Grégory Ngbwa Mintsa souffrait d’oedèmes après 6 jours de détention assis. Il a refusé un moment de se nourrir et de se soigner. Marc Ona Essangui, Georges Mpaga et Gaston Asseko seraient détenus dans un sous-sol humide, dans des conditions déplorables. Rappelons que Marc Ona Essangui souffre d’un handicap physique et circule habituellement en chaise roulante.
Le Ministre de l’Intérieur gabonais, André Mba Obame, un dur du régime, a expliqué que l’arrestation avait été effectuée dans le cadre d’une enquête en cours... L’explication est un peu courte.
Tout laisse à penser que cette détention est illégale : arrestation au domicile des militants en l’absence d’un mandat d’arrêt ; durée de détention exceptionnellement longue - on veut bien croire que le droit de cette grande démocratie qu’est le Gabon (dixit notre cher président) s’est amusé à n’inclure que les jours ouvrés dans la durée de détention, mais même avec le 1er janvier et le WE des 3-4, on a dépassé les 48h à présent...
Décidément, l’affaire des biens mal acquis déstabilise le régime gabonais, qui se crispe. D’habitude, Omar Bongo achète le silence de ses détracteurs. Ce dossier n’échappe pas à la règle : tentatives de séduction des militants gabonais, intimidations, propositions financières à l’association Sherpa qui instruit la plainte... Mais l’intégrité désarçonne un régime fondé sur le clientélisme. Alors, voyant son patrimoine colossal mis à nu devant les victimes de son pillage -ses concitoyens, Bongo n’en finit plus d’en perdre son sang froid : interdiction d’antenne pour RFI qui avait traité du dossier dès l’été 2007 ; demande (honorée) de classer l’enquête préliminaire sur les biens mal acquis ; brouille avec Paris suite à la diffusion d’un reportage sur le sujet par France 2 ; prise de mouche révélatrice après que feu le Bockel-de-la-rue-Monsieur a eu l’outrecuidance d’appeler à une gestion transparente du pétrole en Afrique ; représailles sans phare à présent contre Marc Ona, Grégory Ngbwa Mintsa et les rares Gabonais qui osent s’élever publiquement contre la prébende et les libertés bafouées ; organisation de manifs bidons en soutien au régime...
Il faut dire, pourquoi Bongo se priverait-il ? Chaque fois, Paris cède. La Cellule a d’ailleurs, très tôt, percé le secret du soutien indéfectible que Nicolas Sarkozy voue à son homologue gabonais. Plutôt que de recevoir en novembre dernier à l’Elysée le fils terrible et successeur désigné, Ali Bongo (était-ce pour vérifier qu’il jouit des mêmes attributs que son père ?), le chef de l’Etat français s’honorerait en exigeant la libération immédiate des défenseurs gabonais des droits de l’homme et de la transparence et en mettant à exécution sa promesse de campagne - la rupture avec les dictateurs, par un geste simple : le gel immédiat des avoirs et des biens situés en France dont Omar Bongo ne pourrait pas justifier de l’origine légale.