Collectif pour une autre politique de la France en Afrique.
 

A quand la rupture ? Après le Gabon, Nicolas Sarkozy se rendrait en Angola... Le président français au chevet d’un des dirigeants africains les plus corrompus

Le 25 septembre 2007, par Antoine Houphouët-Boigny,

Nicolas Sarkozy a estimé le lundi 24 septembre, après avoir rencontré le président angolais José Eduardo dos Santos, que la page des mauvaises relations entre la France et l’Angola était "définitivement tournée" et qu’il se rendrait en Angola en janvier 2008 avec son ministre des affaires étrangères Bernard Kouchner. Ainsi après le Gabon, le président français n’hésite pas à choisir l’Angola comme destination d’un prochain voyage sur le continent africain. Les ressemblances entre les deux pays sont saisissantes et l’on est loin de la rupture tant promise au cours de la campagne présidentielle.

Toute ressemblance avec le Gabon est purement fortuite

Comme le Gabon, l’Angola est un pays riche en pétrole (il produit plus de 2 millions de barils de pétrole par jour ce qui en fait le 2ème producteur d’Afrique noire) et pire qu’au Gabon, plus de 70% de la population (16 millions d’habitants) vit dans la misère et l’extrême pauvreté. Depuis plus de dix ans, les ONG internationales dénoncent cette situation. Selon Human Rights Watch (HRW), plus de quatre milliards de dollars provenant des revenus du pétrole ont disparu des caisses de l’Etat entre 1997 et 2002. Pas étonnant, dès lors, que l’Angola figure parmi les dix pays perçus comme les plus corrompus de la planète dans le classement de Transparency International. A la tête du pays depuis le 10 septembre 1979, le président Dos Santos est fréquemment associé à la corruption et aux détournements de fonds. Jouant habilement avec le soutien des pays soviétiques puis occidentaux, il a su se maintenir au pouvoir en remportant une guerre civile particulièrement meurtrière face à son principal opposant, Jonas Savimbi. Sa fortune est aujourd’hui évaluée entre 4 et 5 milliards de dollars par l’ONG Global Witness, auteur de deux édifiants rapports sur le détournement des richesses pétrolières en Angola. Sa famille possède un important patrimoine, dont des maisons dans les principales capitales européennes et des comptes bancaires en Suisse, au Luxembourg et dans d’autres paradis fiscaux et judiciaires. En France, il posséderait une villa au Cap d’Antibes, citée dans la plainte déposée par plusieurs associations françaises en mars 2007 pour recel de détournements de fonds publics.

Loin d’être un inconnu de la Françafrique

Dès l’indépendance en 1975, les entreprises françaises (Elf devenue Total, Bouygues, Schlumberger...) se sont rapidement implantées pour y exploiter les ressources pétrolières, jouant, comme l’Etat français, un rôle ambigu dans la guerre civile qui secoua le pays jusqu’en 2002. Prenant comme leitmotiv la sauvegarde de leurs intérêts, ils ont tissé des liens étroits avec le régime du président Dos Santos. L’affaire de l’Angolagate en est aujourd’hui l’illustration parfaite. Instruite par le juge français Philippe Courroye, elle met en cause 42 personnes appelées à comparaître courant 2008 devant le tribunal correctionnel de Paris. Jean-Christophe Mitterrand, le fils de l’ancien président français, Jacques Attali, ancien conseiller du président Mitterrand aujourd’hui chargé d’une mission sur la croissance par Nicolas Sarkozy, l’ancien ministre de l’Intérieur Charles Pasqua, son ancien homme de confiance Jean-Charles Marchiani, Georges Fenech, ancien magistrat et actuel député UMP, l’écrivain Paul-Loup Sulitzer, sont tous soupçonnés d’avoir touché de l’argent des hommes d’affaires Pierre Falcone et Arcady Gaydamak (qui brigue aujourd’hui la mairie de Jérusalem), sur plusieurs contrats de vente d’armes au régime angolais du président Dos Santos pour un montant de 790 millions de dollars. Entre 1993 et 2000, ces deux obscurs personnages ont acheté chars, hélicoptères, pièces d’artillerie, lance-roquettes, lance-flammes, navires de guerre, mines et armements d’infanterie en Europe de l’Est et les ont vendus à l’Angola par l’intermédiaire de la société parisienne Brenco et de sa filiale slovaque, ZTZ-Osos.

L’Angolagate n’est malheureusement que la partie émergée de l’iceberg. Aujourd’hui les entreprises angolaises et étrangères continuent de piller les ressources naturelles de l’Angola (pétrole et diamants) sous la bienveillance du régime Dos Santos qui continue, lui, à s’enrichir en toute impunité, n’hésitant pas à faire usage de la force pour réduire au silence ses opposants. Même les ONG étrangères sont intimidées, à l’image de Sarah Wykes, experte britannique reconnue de Global Witness, détenue quelques jours, en février 2007, par les autorités angolaises qui l’accusaient d’atteinte à la sûreté de l’Etat.

Monsieur Sarkozy, pourquoi donc vous rendre en Angola en janvier 2008, si ce n’est pour continuer à soutenir, comme vous l’avez fait pour le Gabon et le Congo-Brazzaville, des régimes corrompus et dictatoriaux ? On est bien loin de la rupture annoncée dans votre programme électoral : "Nous ne soutiendrons ni les dictatures, ni les pays dirigés par des régimes corrompus"

Bienvenue sur le site

6 février : Constitution de "Cellule Françafrique", collectif pour une autre politique de la France en Afrique

À propos de cet article

Dernière mise à jour le :
25 septembre 2007
Statistiques de l'article :
1436 visiteurs cumulés

La Newsletter de la Cellule

Pour recevoir des nouvelles des actions de la Cellule Françafrique et être averti des nouvelles mises à jour sur le site internet, inscrivez vous à la newsletter.

Abonnement
Format

Votre recherche

SPIP 1.9.1 [7502] | BliP 2.3 | XHTML 1.0 | CSS 2.0 | RSS 2.0 | Espace privé
Visiteurs par jour (cumul) : 225 (92692)